[p.47] SICILE, MALTE ET MONDE MUSULMAN

Henri Bresc

Quand, de 1789 à 1793, l'abbé Vella réalise à Palerme l'immense oeuvre de l"'arabica impostura", il modèle une géographie historique de la Sicile qui a frappe les observateurs par sa "modernité" volontaire alliée aux constantes références à un passé arabe et musulman : soucieux de démontrer, d'accord avec ses alliés réformateurs, dans la dynamique des vice-rois Caracciolo et Caramanico, l'absence de fondement légal et de légitimité politique et humaine du fief, du partage féodal de l'île, du "latifondo" enfin, il décrit, à travers les documents du "Codice diplomatico di Sicilia sotto il governo degli Arabi", une Sicile du jardin, de la petite propriété cultivée intensivement, du despotisme royal aussi, qui s'oppose fortement aux réalités de la Sicile chrétienne, médiévale et moderne. Sous l'apparence du roman épistolaire historique, l"'arabica impostura" est à la fois programme, pamphlet et expression d'une nostalgie vraie. Quelque souvenir de la prospérité de l'île aux temps des émirs a toujours hanté la mémoire des Siciliens, depuis les expressions mêmes des rois normands, ou de leurs copistes précoces, pleurant les destructions de la conquête. La critique de la féodalité, implicite, rejoint le programme de partage des terres, de "censuazioni" proposé par les réformateurs du cercle du vice-roi et de ses amis français. Mais cette nostalgie d'une autre Sicile, celle des vignes et des jardins, d'un paysannat solidement installé sur sa terre, et de son arabisme, s'alimente aussi, chez l'abbé Vella, aux souvenirs de son île natale, de ses particularités culturelles, géographiques et sociales : vers 1789, l'archipel maltais pouvait apparaître à un homme de culture et politiquement déterminé comme un conservatoire des formes anciennes de la civilisation arabo-musulmane, soumise, christianisée, utilisée par les Normands et comme un modèle éventuel de réforme : il pouvait y observer une propriété petite et moyenne, une diffusion du village, du "rahal", une activité intense de l'échange maritime contrastant avec le monde du grand domaine céréalier, sans villages et sans paysans, qui recouvrait plus des deux tiers de la grande île. Malte est bien, en effet, au Moyen Age, à la fois un pont géographique et culturel vers [p.48] un monde arabo-musulman sur lequel les ambitions de la Sicile ne cessent pas, et un rappel constant des formes passée de son économie et de sa culture.[1]

La situation géographique de l'archipel maltais, éloignée des grandes routes marchandes médiévales d'Ouest en Est comme du Nord vers le Sud, présente un intérêt politique et stratégique capital pour les dynasties qui gouvernent la Sicile, comme pour les forces autonomes, corsaires et pirates qui trouvent dans les îles du détroit et de la mer de Sicile un point d'observation suffisamment lointain des théâtres d'opération militaire pour n'être qu'irrégulièrement l'objet de représailles. Malte surveille les rivages de la Tripolitaine et du e des Syrtes, comme Pantelleria la côte de la Tunisie proche, de Nubia jusqu'à Sousse, mais les grands trafics commerciaux passent au large, en droiture, de Tunis vers Trapani, Marsala et Palerme, de Messine et de Syracuse vers Benghazi et les Monts de Barca. Pour la Sicile, la possession des archipels méridionaux, jusqu'à Lampedusa, est cependant d'un intérêt stratégique constant: les gouvernants siciliens ne peuvent tolérer la présence d'une force hostile à moins de 100 milles de Syracuse et programment toujours la reconquête de Djerba, de des Syrtes, de Tripoli et la fondation d'un présida à Benghazi. La fragilité du système de défense sicilien a plusieurs fois été soulignée par des coups de main et des débarquements réussis sur la côté Sud, éloignée des centres politiques, de la capitale, Palerme, et de l'arsenal de Messine. L'établissement d'une aire de pouvoir maritime exclusif par les Normands, de Nubia jusqu'à Tripoli implique la ferme saisie des îles et le contrôle de présides.[2] Cette ambition, réalisée par les Normands, implicite chez les amiraux génois, encore affichée par Frédéric II, n'est plus qu'un élément, ensuite, du programme des rois aragonais de l'île, de leurs amiraux catalans, ou des féodaux qui dominent les détroits. Elle suffit cependant à établir un lien, constant et fort, entre les archipels siciliens et les îles tunisiennes, horizon d'une conquête toujours recommencée, inachevée et impossible, mais nécessaire pour tenir complètement les clefs du passage entre Méditerranée occidentale et Méditerranée orientale.

Entre Sicile, Malte, Pantelleria et le monde maghrébin, les liens sont nombreux, de culture commune, de langue, de similitudes écologiques, de [p.49] techniques voisines, tissés par une appartenance ancienne au monde de l'Islam, autant que par le jeu politique des dominateurs qui reconstituent, toujours imparfaitement, l'unité politique de part et d'autre des détroits. Le pragmatisme des conquérants normands à utilise, cantonné et protégé partout la culture, la langue, les structures sociales et familiales, le patrimoine technique des Arabo-musulmans, les prenant comme à la nasse dans l'illusion d'un empire plural fondé sur des communautés de tributaires, comme celles que les Musulmans avaient encadrées en Asie, en Afrique, en Andalous et en Sicile. La dévotion monarchique et la laïcité politique des cadres intellectuels de la population arabe, chrétienne melkite ou musulmane, avaient constitué pour les Normands un outil précieux pour la fondation d'un Etat dominateur, absolu, démiurge.[3] Contrepoids efficace aux ambitions des féodaux, habile à se servir du symbole et des moyens de la pro de qui mène au consensus, le milieu des administrateurs gréco-arabes a contribue à rendre supportable l'enclavement des communautés minoritaires, musulmane et grecs, l'avilissement politique et le statut social déprimé du vilainage. L'isolement relatif des îles a maintenu plus longtemps que dans les cantons à majorité musulmane de la Sicile, Val de Mazara et Val de Noto, l'existence des communautés arabo-musulmanes; il a permis aussi qu'elles gardassent un caractère politique qui n'a jamais existé en Sicile , et qui les rapproche de l'autogouvernement des cités maghrébines conquises par les amiraux de Roger II et confiées à des autorités locales, collaborateurs étroitement surveilles.

Les îles conservent donc après 1250 une originalité, une étrangeté qui était déjà sensible au temps de l'islamisation : Pantelleria était le lieu des génies, sauvage et inquiétant;[4] quant à Malte, présentée quelquefois aussi comme une île abandonnée des hommes, l'historien y localisait au contraire l'utopie d'un Etat fraternel, égalitaire, sans esclavage, si contraire aux réalités du Xe et du XIe siècle, mais explicable par la menace chrétienne et conforme à l'Islam hégirien.[5] Le poids de l'histoire y reste visible : le voyageur repère sans peine les traits particuliers qui éloignent graduellement les îles d'une Sicile en voie de latinisation linguistique et religieuse, d'incastellamento et d'acculturation aux modèles de l'Italie septentrionale et centrale. Archaïques sur certains points, les îles ont protégé des éléments essentiels de l'organisation econ-[p.50]-omique, de habitat et de la culture plurale du monde normand, sans en conserver la formidable inégalité politique.

Le témoignage sur le monde arabo-normand

L'étude combinée de l'archipel maltais des XIVe et XVe siècles et des îles de Pantelleria et de Djerba offre des l'abord à l'historien de la Sicile des modèles qui permettent d'analyser la période du long "Journey from Islam" qu'ont connu la Sicile et ses dépendances depuis la conquête normande. Malte et Gozo, comme Pantelleria, constituent en effet pour la Sicile des marges sur lesquelles le triple mouvement de christianisation et de latinisation, d'assimilation linguistique et d'acculturation a eu des effets retardés. Rappelons le schéma de l'histoire politique, sociale et culturelle de la Sicile normande : l'établissement du pouvoir des conquérants s'est accompagné d'un programme universel destiné à établir ordre et stabilité; les populations vaincues, privées de leur encadrement politique et religieux, ont été établies par le pouvoir souverain, proprement démiurgique, dans des habitats ouverts, les "casalia", correspondants à des fiefs de chevalier, tandis que des "bourgeois" latins occupaient les bourgs fermés de murailles; désarmés, privés des droits politiques, soumis à un système féodal qui est l'ombre portée d'une fiscalité royale universelle, les vaincus, musulmans, mais aussi paysans grecs, sont livrés à une exploitation mesurée, réglée, mais laissés sans défense face à un processus spontané ou organise de conversion, de latinisation et d'acculturation. On sait que les Musulmans de Sicile ont résisté, au moins dans les cantons où ils étaient et restaient majoritaires, à ces périls, en se dotant de cadres autonomes, enseignants, notaires, hommes de religion, d'une noblesse tribale, en partie reconnue par l'Etat normand, qui a recruté des cavaliers et des qâ'yds, comme des "anciens" (shuyûkh) dans la population des casaux, tandis que les Grecs se serraient autour du réseau des monastères "basiliens" et du clergé de rite grec. La christianisation était déjà sensible à la fin du XIIe siècle dans les milieux d'intellectuels musulmans urbains enclavés et soumis à la pression de la volonté royale, comme dans ceux de vilains dispersés dans les casaux, quand les Musulmans ont réagi en se donnant un Etat de résistance, d'abord sous forme de chefferies militaires, puis d'un amîr al-muslimîn, Ibn al-'Abbâd, qui ne devait pas éviter le désastre de l'extermination et de la déportation des survivants à Lucera.[6]

[p.51] La communauté islamique a résisté plus longtemps à Malte, sans doute dans une situation de dépendance et d'autonomie tributaire semblable à celle qui s'est maintenue à Pantelleria jusque dans la seconde moitié du XVe siècle; les diplômes de Constance et de Frédéric II[7] révèlent la présence d'un populus bipartite, "tam Christiani quam Saracen", qui évoque le programme de réconciliation et de collaboration élaboré par des officiers de la cour normande, d'origine arabe ou grecque de Sicile vers 1190,[8] et rappelle la situation particulière de Pantelleria, en 1407 et en 1421 encore, quand les habitants de file adressaient au roi des ambassades composées d'un syndic chrétien et d'un syndic musulman, représentant trois communautés, chrétienne, musulmane et juive.[9] La re-christianisation de l'archipel maltais était sans doute inévitable, alors que la communauté kharidjite de Pantelleria, protégée par le pacte passé entre Frédéric II et les Hafsides, et par la pauvreté de l'île, qui décourageait la colonisation, à su maintenir son particularisme religieux jusqu'au XVe siècle. On peut penser, en interprètent le témoignage de Conrad de Querfurt, que la conversion s'est appuyée sur une culture folklorique centrée sur la figure de saint Paul thaumaturge et sur le miracle permanent du privilège accordé au sol maltais de ne pas supporter la présence de serpents;[10] il est cependant difficile de préciser la part du folklore sicilien du XIIe siècle dans la relation de l'évêque de Hildesheim et celle des souvenirs de la culture antique qui seront venus ensuite se greffer sur la culture insulaire. L'existence et la circulation d'une monnaie propre à l'économie insulaire pourrait encore témoigner d'une autonomie fiscale étendue et de liens maintenus avec l'Afrique, comme à Pantelleria, ou le tribut levé de 1270 à 1282 est libellé en besants d'argent, qui valent 2 tari et demi chacun.

L'échec, dans l'archipel maltais comme dans la Pantelleria médiévale, de [p.52] la romanisation linguistique a en quelque sorte figé la situation sicilienne des premiers temps du royaume des Normands :l'usage de la langue romane, alors le français, est le privilège des classes dominantes, chevalerie normande et clergé, tandis que les notaires et les membres de l'administration royale sont contraints à une grande agilité linguistique, entre la langue du palais et celles du peuple, grec et arabe, qui sont aussi celles des registres. Le relatif isolement des îles a maintenu la nécessite de cette agilité, de ce passage continuel entre langue parlée et langue écrite, qui est caractéristique de la Sicile avant 1320 et l'apparition tardive comme langue politique et littéraire écrite du sicilien, jusqu'alors presque purement oral. Une agilité rendue encore plus nécessaire par l'existence des trois niveaux linguistiques, l'arabe cantonné dans l'oral, le latin des registres et le sicilien des immigrants, qui ici constituent les classes de gouvernement, milieux militaires, féodalité donc et bonne part de la noblesse urbaine et du notariat. A la différence de la Sicile, où les langues de l'administration et de la culture scientifique et littéraire, grec et arabe, ont été finalement défaites et éliminées par le roman parlé et par le latin écrit, victimes de leur connotation politique et religieuse de langues des vaincus et des revanches possibles, l'archipel maltais a maintenu, hors de l'écrit à notre connaissance, un usage raffiné de l'arabe, dont témoigne la Cantilena de Pietro Caxaro . Et alors que l'arabe s'éteint en Sicile comme langue parlée et écrite vers 1320, pour ne subsister que chez les Juifs, il maintient dans l'archipel comme à Pantelleria des positions si fortes qu'il donne naissance au maltais et à l'originalité lexicologique incontestable du "pantesco".

Seule une ethnographie du monde maltais médiéval, encore embryonnaire, pourra donner une réponse au problème posé par la différence de l'évolution linguistique : l'étude des noms de famille maltais, entreprise avec bonheur par G. Wettinger, suggère que les immigrants, siciliens ou campaniens, dont les patronymes sont nombreux dans les casaux de l'île, et qui forment la majorité des membres de la noblesse féodale et "civique" ont pris sans hésiter les formes de vie et la culture des insulaires. On pourrait s'en étonner pour des lignages qui renvoient clairement aux antiques origines normandes, les Alaymo, les Attard, les Asmundo, les La Barba, les Paternò, les Sancta Sophia, probablement les Parisio, ou au moins à la Sicile des Vêpres, comme les Caro, les La Chabica, les Manuele, les Peregrino, ou pour les techniciens du droit et de la pratique notariale, les Maniavacca, les Montemurro, les Pontremoli. Deux hypothèses se présentent naturellement: la nécessite pour ces notaires de connaître le droit oral, les coutumes de l'île, rappelée par l'indication répétée des "consuetudini et observancii antiqui li quali non su scripti", a pour conséquence l'accès à une culture savante, quoique non écrite, mais sanctionnée par [p.53] le prestige juridique et l'antiquité de la "respublica insolarum"; l'émergence précoce, d'autre part, d'un milieu de noblesse urbaine, sur le modèle sicilien, dont on saisit les premiers éléments en 1279, parait avoir rassemblé des familles d'origine sicilienne (Alaymo, Asmundo, La Barba, Capua, Melacio, Messana, Mistretta, Piccardo, Resta) et des familles aux patronymes maltais : les Axac, les Caleya, les Chaggio, les Machaliph (Micaleff), les Xerri, les Yella, et sans doute d'autres.[11] On supposera, enfin, que le milieu canonial maltais, au moins dans sa partie résidente, peut avoir joué le rôle d'un conservateur des valeurs linguistiques et culturelles "nationales" (au sens du "natione maltensis" des notaires siciliens du XVe siecle).[12]

La société insulaire présente encore au XIVe et au XVe siècle des traits qui évoquent la Sicile normande et qui ont disparu dans la grande île avec l'élaboration d'une formation politique et sociale qui unit le "latifondo" à l'entreprise rurale spéculative et au monopole du grand commerce italien et catalan sur l'exportation des grains . C'est d'abord le maintien, sous forme de casaux et de "paroisses", d'un habitat disperse qui évoque la distinction juridique et pratique établie par les Normands entre l'habitat fortifié des Latins ("terra" composée d'un château et d'un Bourg ferme de murailles, à Malte la cite, à Gozo, la "terre") et l'habitat ouvert du canal, qui marque fortement le paysage médiéval maltais, et sans doute aussi celui de Pantelleria, où les casaux sont évoqués dans l'acte d'inféodation de 1399. A Malte, la concentration s'est heurtée encore au XVe siècle au refus obstiné des paysans à quitter leurs terres : s'il est difficile d'établir une géographie de la propriété rurale, on peut supposer un ancrage solide sur la possession du sol agricole, sous la forme de champs, de "galce", qui manquent en Sicile, où les "massari" ont libre accès à la terre arable du "latifondo", mais n'ont la possession que de leur vigne. Et peut-être rattacher cette originalité aux pactes de capitulation qui ont marqué la conquête normande et a la société égalitaire à laquelle fait allusion le chroniqueur arabe, non sans évoquer la nécessité de disperser l'habitat à la recherche de l'eau.

Le rôle des juifs dans le commerce, tant dans les relations avec la grande île que dans le colportage, "bazariandu et vendendu loru roba et merchi", ajoutant "cum coffa, cum bertuli seu zimbili, cum bisaczia et saccu, seu ki cosa [p.54] ki fussi a et apta a gabbari a li donni', dans les casaux maltais en particulier, est une originalité et un archaïsme de l'archipel et de Pantelleria, qui évoque trait pour trait l'époque normande, de même que l'absence de "judayca", de ségrégation, et la mixité corrélative de l'habitat, de même encore que la fonction d'usurier révélée par le procès de Saddon Ketib:[13] en Sicile, les juifs ont presque totalement abandonné le commerce d'envergure, attesté par les documents de la Geniza et par quelques documents normands, pour se replier sur la fonction de "mercier", petit marchand polyvalent dans les bourgs, quelquefois drapier et épicier, et sur l'artisanat et la médecine. A Pantelleria, le groupe juif (43 chefs de famille en 1444) joue un rôle essentiel dans l'échange : il exporte le coton de l'île et gère l'importation de grain et de produits de mercerie, en relation avec les marchands juifs de Marsala et de Trapani, qui ont conservé quelqu'importance. Plus encore, l'Etat sicilien n'hésite pas à confier à ces minoritaires des fonctions administratives qu'exclut en principe la tradition : en 1444, Muxexi (Moyse) Melemmedi est fait secreto de l'île ; plus tard, c'est un membre de sa famille, Salamuni Malamet, procureur du gouverneur Gonsalvo de Nava, qui lui succède . Rien de tel à Malte, mais une certaine aisance, des capitaux disponibles, même pour l'armement en course, des relations avec l'Afrique sans doute anciennes:[14] parmi les patronymes des juifs de Malte, de Syracuse et de Pantelleria, apparaissent les noms des villes africaines situées au débouche des routes commerciales, Tripoli, Sidjilmasa, et de nombreux prénoms construits sur des modèles typiquement ifriqiyens, augmentatifs en -ûn (-on, -uni).

La permanence du statut servile et le maintien d'un milieu de ministériaux lies au château et établis sur les terres de la Cour constituent encore, dans l'archipel maltais, des traits d'un relatif archaïsme qui contraste avec la modernité d'une économie fondée sur la spécialisation cotonnière destinée à l'exportation et à l'artisanat. En 1241, l'assise économique des possessions et des entreprises de la Cour impériale reposait largement sur l'esclavage ; pour 55 charruées ("paricla", équivalent du sicilien "aratato", "paricchiata") Gilbert avait constate la présence de 80 esclaves djerbiens qui flanquaient les quatre "curatuli", responsables de la culture et les 55 bouviers (un par charruée), et de 12 esclaves que le texte associe aux bergers et aux gardiens des juments et [p.55] des ânes.[15] Encore en 1275, l'administration de l'île, dans la grande tradition des gayts esclaves, était confiée a un "Camere servus", Roberto Cafuro, dont les biens étaient saisis, à sa mort, comme de mainmorte, et on retrouve, en 1372-1373, un Aschonus, "servus Curie", à Gozo, parmi les "gabelloti" de la Secrezia; il serait étonnant qu'il s'agisse d'un musulman ou d'un juif, dont l'esclavage est le statut théorique, mais on dont on précise toujours la communauté religieuse.[16] Quanta l'organisation ministérial, dont nous n'avons, pour la Sicile, que des fragments épars (comites féodaux des galères, "massari" des rares entreprises rurales royales), elle reste forte à Malte et à Gozo jusqu'au XVe siècle : fonctions de "custos", de maître calfat et de trabucherius liées aux besoins militaires des îles, en particulier a la défense navale, de "massaro" de la Cour, et surtout de maître charpentier et de maître chirurgien de Gozo, tous deux fournis de terres.[17] Le caractère semi-féodal de ces concessions, de ces fiefs de service, qui évoquent la ministérialité française du XIIe siècle, témoigne de leur antiquité, comme de la nécessité de fixer sur l'île des artisans et des techniciens (le barbier est un praticien de la chirurgie) de qualité et d'origine étrangère, liés au château . Ils voisinent avec la fiscalisation sicilienne des activités artisanales soumises à gabelle (la "barbaria", les musiciens et ménestrels, la teinturerie).

La disparition du vilainage avec la conversion ou l'expulsion des Musulmans maltais, la fin des prestations liées au statut des vilains, et le maintien du patrimoine royal dans les îles, bien qu'en partie féodalise (on ne compte plus que 15 terres de la Cour au XIVe et au XVe siècle pour 26 fiefs) expliquent l'échec du "latifondo" dans les îles: le maintien de la population clans les casaux est un élément majeur de continuité, de même que la permanence d'un parcellaire finement découpé et d'une petite propriété. Les terres royales elles-mêmes sont bien loin d'occuper les grands espaces des "massarie" siciliennes : les 55 "paricchiate" de 1241 auraient représenté, à la plus petite mesure sicilienne, de 8 salmes et de 1,746 ha par salme, 768,24 ha; mais le fief [p.56] Tal Berbri, à Gozo, ne produit que 12 a 14 salmes de froment, 16 à 18 si on sème de l'orge; il ne doit pas mesurer plus de 3 ou 4 salmes.[18]

Ports, marines et relations pacifiques

La situation géographique et la proximité linguistique ont favorisé les relations entre les îles et le monde musulman: si l'essentiel du trafic sicilien et napolitain avec Tunis passe par Trapani et côtoie Pantelleria, le port de Malte est un relais possible, à partir de Syracuse vers Tripoli, Djerba, Sfax et Kelibia et l'archipel maltais, comme Pantelleria et Lampedusa, se trouve sur les routes à longue distance, d'ailleurs peu fréquentées, entre l'Orient et l'Espagne, le Languedoc et la Provence; en cas de conflit, dans le Detroit de Messine, ou de blocus décide par la puissance dominante, les navigations peuvent éviter les zones dangereuses et contourner la Sicile : Malte et Pantelleria constituent alors des relais, des mouillages de nécessité, des lieux périlleux aussi. Les naufrages sont régulièrement signales, celui de Guido de Mohac, un exile sicilien gibelin, sur l'île de Comino en 1270, plusieurs sur Pantelleria.[19] Les Portulans semblent révéler un intérêt beaucoup plus grand pour les abris fournis par les îles au XIIIe qu'au XVe siècle : le Compasso da navigare donne une description précise du port de Castellammare-Birgu et surtout de Comino, qui parait, vers 1250, un lieu de refuge pour les vents d'Ouest, et, dans les cale, pour tous les vents, sauf greco au Nord et garbino au Sud-Ouest, tandis que Marsa Scirocco et le "port" de Gozo se complètent.[20] Au XVe siècle, les portulans Parma-Magliabecchi et Rizzo se contentent d'évoquer le "buon porto da greco" de Malte et le sorgitoio de Marsa Xlokk, tandis que Comino, ou l'on peut jeter l'ancre et amarrer, n'est plus décrit avec precision.[21]

Pour les îles, une relation stable et confiante avec la métropole sicilienne est indispensable, en raison de l'incapacité chronique où elles sont à produire du grain en suffisance, une année sur trois ("omni dui et tri anni penuria di victuagli"), et de la nécessité d'importer du froment et de l'orge. On notera, en [p.57] passant, que Malte reproduit un modèle de consommation normand en consommant un pain d'orge et de "mahlut" (méteil) qui a pratiquement disparu de la Sicile au XIVe siècle. G. Wettinger a noté le poids financier des importations de grain sicilien sur l'archipel : quand le froment maltais cote entre 2 onces 4 tari de la monnaie de Malte (9 tari de Sicile) et 12 tari de Sicile, le froment sicilien vaut entre 4 et 15 tari au "caricatore", et le plus souvent entre 7 et 12, auxquels il faut ajouter le prix du transport, 2 ou 3 tari, et la traite, qui oscille dans la première moitié du XVe siècle entre 2 et 6 tari.[22] Le problème de l'exemption de la traite est donc crucial pour l'équilibre des échanges de l'archipel, menace en cas de "sterilitas" et d"'inopia" durables. Le tableau n° I souligne à la fois la fréquence des requêtes, la résistance souple des autorités siciliennes, et le poids que les relations politiques et les fidélités personnelles ont dans le ravitaillement de l'île : Inguerau Desguanesch (Inguanez) obtient ainsi en 1402-1403 700 traites franches. Il est vrai que l'année récolte sera remarquable et qu'il faudra songer, des le mois de mai, à réexporter froment et orge en surcharge, puis à obtenir des traites pour exporter le grain de Malte et de Gozo. Pantelleria, encore plus mal lotie, sur un sol de lave brillant, fixé ses besoins à 200, puis à 500 salmes, et obtient un privilège permanent.[23]

La nécessité d'assurer les tran d'urgence, du grain sicilien, et, vers Syracuse, du précieux coton qui paye le ravitaillement, implique une marine maltaise: elle apparaît dans les documents siciliens, étroitement liée à la marine et au milieu marchand de Syracuse (cf. Tableau n° II) et on note que de nombreux marins d'origine maltaise (il peut s'agir quelques fois de patronymes déjà fixés, mais le plus souvent "maltisi" ou maltensis est un surnom) se sont établis à Syracuse, comme à Trapani, et qu'ils ont été pris comme patrons de barques, de brigantins, de saettes ou de petites nefs qui assurent un trafic de cabotage de Licata a Catane, entre les "caricatori" du Val de Noto (Terranova, Scicli, Vindicari, Brucoli) et Syracuse. Ils viennent charger le froment [p.58] jusqu'à Castellammare del o, dans la zone de traite d'Alcamo et du Monrealese, pour Messine.

La conservation de quelques registres de l'administration sicilienne du Maitre Portulan pour les années indictionnelles (1er septembre-31 août) 1407-1408, 1411-1412, 1413-1414, 1416-1417, 1431-1432,1435-1436, 1442-1443, 1451-1452, 1455-1456, 1460-1461, nous permet d'évaluer l'importance respective des différent et caricatori du Sud sicilien dans le ravitaillement de l'archipel maltais, ainsi que la place de la marine maltaise dans les relations entre la Sicile, Malte et Gozo : en 1407-1408, les 19 voyages, qui ont transporté vers l'archipel 465 salmes et demie de froment et 30 salmes d'orge, se partagent entre Vindicari (6 départs, mais plus de 284 salmes) et Syracuse (13 départs, mais seulement de barques, alors que Vindicari a vu la nef de Cola Bonfiglu emporter 221 salmes de froment). La part des navires maltais, cites dans le tableau II, est prépondérante en 1407-1408. En 1411-1412, le cahier, incomplet, ne nous laisse connaître que l'exportation de 82 1/4 salmes de la marine de Girgenti (Agrigente) et en 1413-1414, nous ne connaissons encore que deux voyages, 230 salmes enlevées à Girgenti par une nef non maltaise, tandis qu'une barque maltaise lève des pois chiches à Syracuse. En 1416-1417, 7 voyages, où l'on note la nef maltaise de Cola Bonfiglu, dont le nom est celui d'une famille de transporteurs lipariotes, emportent 261 salmes de froment et 16 salmes de pois chiches, pour l'essentiel de Syracuse. Il est probable que, pour cette décennie, des éléments importants manquent dans la comptabilité du Maître Portulan, ant en particulier des rapports entre l'archipel maltais et les "caricatori" du Val de Noto ; l'absence d'informations dans la documentation notariale sur les petits voyages, qui ne sont pas organisés par les maisons commerciales toscanes et catalanes de Palerme, nous interdit de compléter cette comptabilité.

A partir de 1430, tout change : Licata est désignée comme port de ravitaillement aux Maltais et les registres du Portulan confirment la concentration progressive de leurs exportations. En 1431-1432, sur 21 voyages, Syracuse en compte encore 17, pour 301 salmes de froment et 175 1/2 salmes d'orge, et Licata 14, pour 205 de froment seulement ; les navires maltais sont plus nombreux et partagent avec les syracusaines d'origine maltaise le trafic des îles. Pour 1435-1436, un seul voyage nous est connu, de Licata : 30 salmes sur une barque de cette marine. En 1442-1443, Licata s'efface devant Terranova : sur 21 voyages, 19 partent de Terranova et emportent la quasi totalité des 343 salmes de froment et la totalité des 36 salmes de vin destinées à Malte et à Gozo. Le Portulan de 1451-1452 ne signale que quelques exportations de pois chiches, fèves et de sésame à partir de Syracuse et de Vindicari: quatre [p.59] voyages au total ; est-ce l'effet des dégrèvements fiscaux demandés par les autorités maltaises ? C'est peu probable, l'administration tenant le compte des traites franches comme des traites payées. C'est plutôt le signe d'une bonne année, sans menace de famine dans les îles. En 1455-1456, la totalité des 26 voyages signalés par le Portulan part de Licata ; la très grande majorité des navires qui assurent le transport des 669 salmes de froment destines à Malte et à Gozo ont des patrons maltais . En 1460-1461, enfin, seuls trois voyages sont indiqués par le portulan, tous effectués par des barques maltaises, pour un total de 23 salmes de froment, embarquées à Terranova et à Licata. On note que les Maltais ont été conduits très tôt à négliger les caricatori de la région céréalière la plus proche, constituée par les fiefs de Noto, de Ragusa et de Modica et leur débouche naturel, les marines de Scicli et de Pozzallo : ils semblent avoir choisi le port de Syracuse, puis ceux de Licata et de Terranova, dont le statut ne diffère pas fondamentalement du "caricatore" féodal de Pozzallo. Syracuse appartient a la Chambre réginale et Terranova est baronnial. Mais, à la différence des marines de Scicli, de Pozzallo et de Vindicari, les transporteurs maltais peuvent trouver à Licata, à Syracuse et même à Terranova un marche pour le coton qu'ils transportent, dans l'artisanat local qui le transformera en toile.

Cet examen des données des registres de l'administration douanière sicilienne confirme le besoin de l'archipel d'un ravitaillement exceptionnel en cas de pénurie : 500 salmes environ après la récolte de 1407, plus de 250 après celle de 1416, près de 700 salmes en 1431 presque 350 en 1442, près de 670 salmes après la moisson de 1455, ces chiffres signalent de mauvaises années, à ajouter à la "sterilitas" de 1374, à la pénurie de 1448 et à celle de 1452, qui suit la bonne année-récolte 1450-1451 et précède l'abondance de froment et d'orge de la moisson de 1453, qui conduira les Maltais à solliciter du pouvoir sicilien des traites d'exportation.[24] D'autres mauvaises années encadrent la bonne récolte probable de 1460: difficultés en 1458, "mala ricolta" en 1462, qui conduit Malte à négocier avec un marchand catalan l'importation de 1500 salmes.[25] On voit que les besoins augmentent : en 1473, ce seront 2000 salmes que l"'Université" maltaise se proposera d'importer après une récolte désastreuse, faute de pluie.[26] Une salme correspondant a la consommation an-[p.60]-nuelle moyenne d'un habitant, on en déduite que l'on passe de chiffres supportables, d'une importation nécessaire pour un habitant sur vingt ou pour un habitant sur dix, à un déficit égal au cinquième de la consommation insulaire, ce qui laisse entendre aussi une tension démographique nouvelle. L'émigration signalée par l"'Université" et par les sources ecclésiastiques deviendrait une nécessite permanente.[27]

Les mêmes registres nous informent sur les besoins constants de Pantelleria : 5, voyages et 183 salmes de froment en 1407-1408, deux voyages et 138 1/2 salmes en 1412-1413, 6 voyages et 158 salmes en 1413-1414, 4 voyages et 74 salmes en 1416-1417, un seul voyage en 1431-1432 et 37 salmes, 3 voyages et 51 salmes en 1455-1456. Ainsi que sur les sources de ce ravitaillement : sur 635 salmes de froment importées dans la petite île (en moyenne 106 salmes par an, en fait sans doute la population du château), Sciacca fournit 49%, Marsala 45% et Mazara 6%. Ce sont simplement le les plus proches et fournis d'un bon hinterland céréalier. Deux points de convergence entre les importations des îles attirent notre attention : si Pantelleria n'importe pas d'orge, elle achète aussi en Sicile des fèves, comme Matte qui tire régulièrement de Sicile des fèves, des pois chiches, des amandes, des caroubes, du sésame, par quantités petites le plus souvent, mais quelquefois non négligeables . Ces légumineuses et ces fruits secs, qui ont une destination alimentaire, sont en effet soumis au règlement de la traite. On note d'autre part un rôle identique des patrons de barque et des juifs dans l'importation de petites cargaisons de froment, d'orge ou de légumineuses : les marchands ou l'autorité politique (à Pantelleria, le châtelain) enlèvent 50 ou 100 salmes, et jusqu'à 170 et 230, selon la capacité du navire qu'ils ont nolises. Les patrons de barque ou de brigantins et les petits marchands juifs opèrent sans grands moyens, au moins vers Pantelleria : ils embarquent quelques salmes, en sus d'une cargaison qu'on leur a affrétée, où se font entrepreneurs de transport, prenant les risques et espérant les profits, empruntant sans doute pour payer les frais et partageant avec l'équipage, suivant le système "a li parti" qui est atteste alors en Sicile. Ils transportent alors 30 salmes pour une barque, 50, 80 pour un brigantin. Au total, pour Pantelleria, sur 617 salmes dont le Portulan indique la traite, les patrons ont "extrait" 35,5%, les marchands 32%, les juifs et le [p.61] châtelain de file 16% respectivement. Un contrat, plus ancien, en 1372, passe par le génois Cosma de Moncaldo, prévoyait l'exportation de 370 a 400 salmes depuis Trapani:[28] on saisit la différence de moyens financiers et d'ampleur. Mais pour Malte, le Tableau n° II montre la participation beaucoup plus massive des patrons, au point que l'on soupçonne une information incomplète.

La présence et l'activité d'une marine maltaise de petit (entre 30 et 40 salmes, entre 6,75 et 9 tonnes pour les brigantine de Jakino et de Micael Caruana, de Petru Armanino, ou de Giglu Zamitu) ou de moyen tonnage (80 salmes pour le naviglio de Pino Bindi, 100 pour celui de Baldo Haleu, c'est à dire entre 18 et 22,5 tonnes, plus de 229 salmes pour la nef de Cola Bonfiglu, 51,5 tonnes) a entraîné l'insertion des patrons maltais dans la grande économie sicilienne, sur le modèle de Lipari, dont les barques assurent les tran de bois et de thon salé, entre le , les madragues, les trappeti à sucre et les caricatori de la Sicile tyrrhénienne et les relient à la Calabre et à Messine. La barque "Sanctus Johannes" d'Enrico Bonanno de Malte porte ainsi 328 barils de thon de Palerme à Catane et Syracuse pour le compte de Tommaso Mastrantonio aussitot après la saison de la pêche de 1417,[29] tandis que le "naviglio" "Sanctus Leonardus", patron Bernardo Maltese, achemine du bois depuis les "scarf" du Valdemone.[30] En 1444, la barque "Sanctus Antonius" de Pinu Maltisi, habitant de Trapani, est chargée de thon salé de Trapani à Terranova, puis, après un voyage à Malte prévu dans le contrat, rapporté du chanvre de Terranova à Trapani.[31] En 1421, la nef de Guglielmo Maltisi (fixé probablement à Syracuse) porte les molasses d'Antonio Blundo de Palerme à Alexandrie, pour en ramener du poivre à Alghero; à son retour, elle gagne Naples:[32] les patrons maltais s'insèrent ainsi, à partir de la base syracusaine dans une économie aux amples dimensions.

Les relations avec l'Afrique prennent naissance dans ce milieu de patrons de barques et de petits navires ; elles se greffent sur une circulation modeste, mais constante - en période de trêve -, dans le canal de Sicile : en dehors des périodes de crise frumentaire en Ifriqiya, qui entraîne l'appel aux réserves siciliennes de froment , c'est un commerce de fruits de Campanie, de vin de [p.62] Calabre, quelques produits de luxe, du safran, des mêlasses . La Sicile fournit peu de choses à ce trafic, qui utilise Trapani et Pantelleria comme relais vers Tunis ; on en ramené de l'huile, de la laine barbaresque et des peaux, du cuir des produits artisanaux, jarres et nattes, des doubles d'or aussi. Pantelleria est l'escale en cas tempête ou de nécessité, et l'on s'y informe sur l'état des routes maritimes, sur les guerres entre princes hafsides ou les périls du e de Tunis. Les Spinola y ont établi, vers 1370, un magasin des laines locales, et sans doute aussi barbaresques, d'où de grandes quantités (80 tonnes par cargaison) sont envoyées à Porto Pisano. Matte est à l'écart de ce commerce, et ne fournit normalement d'escale que pour les navires qui se rendent à Tripoli : en juin 1332, la coque "Sanctus Georgius" de Bartoluccio Saglimpipi de Messine embarque à Girgenti 1150 salmes de froment du messinois Nicola Abobio pour Malte et Tripoli;[33] de nouveau en 1444, Antoni Desguanesch exporte, de Malte, du froment vers Tripoli.[34] Mais ses marins et son milieu de petits commerçants peuvent s'engager dans ces trafics : en 1275, des pirates génois capturent le "marenarius" maltais Raymond revenant d'Afrique sur la barque de Bonsignore de Gaudisana de Malte;[35] en 1443, c'est sur la barque de Gano Maltese que trois juifs maghrebins, "barbarusi", viennent de Tunis à Trapani ; jetés par la mer sur le rivage de Pantelleria, ils seront forces à se racheter, à coups de batons, puis pris en charge par la "judayca" de Trapani.[36] En 1377, le patron maltais Bonfilio Favato conduit son brigantin (scribe Guglielmo Datigani, compagnons Pietro Vici, Migliorino Buculit et Nicola de Crapi) avec une cargaison de 19 sacs de coton non file, 33 sacs de coton file et 80 balles de peaux d'agneaux de Berbérie et de Malte vers Barletta et Ancone, convoyée par les juifs maltais Belchay, Simon et Messi, propriétaires en commun avec deux autres juifs maltais, Lea et Braha Ecertia et des marchands chrétiens de Malte.[37] Ces documents décrivent bien l'ampleur modeste et les réalités périlleuses de ce commerce : des barques légères, des marchands appartenant aux communautés intermédiaires, maltais, juifs arabophones de l'Afrique ou des îles, marins aventureux, qu'on pourra quelquefois soupçonner de baraterie.

[p.63] Pour le trafic de Tunisie et de Tripolitaine, les navires maltais n'apparaissent que rarement dans une documentation principalement palermitaine et qui privilégie les contrats importants, les transporteurs catalans et génois : on repère cependant en 1437 la saette de Bono Chilla (probablemcnt le nom maltais Cilia), qui porte 15 livres de safran du catalan Arnau Saburgata en Berberie,[38] en 1439 le navire de Matteo Cabue (en 1461 appele Matteo Xabeli maltais, sans doute de la famille d'Enrico, d'Antonio et de Simon Chabe ou Xeube, tous patrons de barques, les Xeibe) qui travaille encore pour Arnau Saburgata et porte son froment de Licata au Maghreb.[39] Curieusement, les transporteurs maltais, dont les noms commencent, vers 1430, à être connus de l'administration du Portulan, interviennent moins fréquemment dans le commerce maghrébin que les Lipariotes, dont les barques transportent en 1437, en 1440, en 1441, de petites cargaisons de froment de Trapani et Mazara vers Kelibia, Sousse et Monastir. L'exemple des Bonfiglio suggère que la reconstitution de la marine maltaise a pu se faire par un apport de barques liparitaines, dont les patrons forment, comme les marins maltais, une diaspora efficace; il faut penser aussi aux destructions de barques entraînées par les attaques hafsides et au frein que représente la poussée des activités corsaires pour les relations entre Malte et la Tunisie.

Malte et Gozo n'ont finalement pas profite du formidable éveil, vers 1430, du commerce sicilien avec les Monts de Barca : Syracuse et Noto ont en effet établi un lien direct avec les débouchés, sur les côtes de la Cyrénaïque, du grand trafic transsaharien des esclaves africains du Kanem-Bornou, échangés contre du froment ou achetés en monnaie d'or. Ces noirs, musulmans quelquefois, mais surtout païens, provenaient déjà à la fin du XIIIe siècle, par les routes du Tibesti, à Tripoli et aux ports des Syrtes. La disparition de l'esclavage des Grecs et la raréfaction des Tatares poussent les marchands à développer l'appel aux caravaniers du désert libyque : ce sont des catalans qui organisent les tran de grain à partir des "caricatori" du Val de Noto et qui fournissent Ies traitants siciliens qui revendent les "têtes" sur les foires et les marchés de la grande île. Il est très probable que Malte aura reçu des esclaves de cette provenance, mais nous n'avons, depuis la Sicile, aucune trace d'une participation de maltais, marchands ou marins, au trafic des Monts de Barca.

Reste un autre chapitre obscur, celui de la contrebande, que les documents siciliens n'évoquent pas pour Malte, mais dont la présence à Syracuse, à [p.64] Mazara et à Trapani laissent planer le soupçon.[40] Des vénitiens, des catalans, des napolitains, des messinois, des syracusains, des juifs enfin de Mazara (Lia de Vita en 1435) et de Trapani (Josep Cuvinu en 1457) sont arrêtés en flagrant délit de transport d'armes, de fer, de soufre, de planches ou de plomb vers la Berbérie. "Crimen nefandissimum", crime de lèse-majesté, il est cependant bien toléré et n'est puni que par le paiement de compositions .

In fronteria Barbarorum

Le fait majeur qui conditionne la vie des îles maltaises comme de Pantelleria, depuis la conquête normande et le traite de 1221, demeure la "fronteria Barbarorum": placées en avant-garde et en vigie de la politique sicilienne, des ambitions catalanes, puis de l'empire transtamariste, les îles tirent un certain profit de la présence des galères de surveillance et de la course antimusulmane qui prend son élan des triangles Syracuse-Augusta-Malte et Trapani-Mazara-Pantelleria. Par l'apport des captifs et du butin, par les mouvement de constructions navales, la piraterie soutient en effet la défense militaire et permet l'entretien des galères des féodaux siciliens, catalans et castillans installés dans les îles. Non sans que celles-ci souffrent aussi des contre-offensives hafsides et des effets pervers de la course, professionnalisation, dispersion des hommes, captures, séquestres, et enfin du poids de la garde.

La charge de la garde des îles et de la surveillance de la mer est toujours lourde, en effet, pour l'Etat sicilien. Trois châteaux dans l'archipel maltais des Frédéric II, avec 220 sergents, 150 sergents français au Castellammare de Birgu en 1273, 70 sergents en 1393, puis 50 en 1407 et pendant toute la première moitié du XVe siècle, la garde de Malte, même après le déclassement de la forteresse de la Cité, coûte cher : 366 onces 20 tari en 1241, 730 onces de Sicile au moins en 1273, encore 380 en 1398, 250 en 1407, 293 en 1413, 222 en 1437. L'Etat sicilien a eu de plus en plus de peine à supporter cette dépense qui excède les revenus de la "Secrezia" de l'île, et qui est pourtant indispensable: on ne laissera jamais, de 1282 a 1450, s'installer dans l'île de pouvoir indépendant. Le souvenir est toujours vif de la menace qu'a fait peser sur la Sicile la flotte provençale de Guillaume Cornut en 1283. Outre le château de la Mer, il faut [p65] maintenir une galère avec son brigantin (un aviso destiné aux communications rapides), celle de l"'algotzir" Francesco Gatt en 1398, puis celle d'Ingarau Desguanesch en 1402, devenue la "nova galea" de Misser Francesco Gatt en 1404,[41] enfin celle de Misser Pedro del Bosch,[42] qui ramène à Tunis l'ambassadeur hafside en 1443.[43] Le même caractère stratégique marque le château et la galère de Pantelleria : la forteresse, avec 30 compagnons, coûte 300 onces de salaires par an, versées par la Secrezia de Trapani, en 1408 ; on réduit le nombre des sergents à 20 l'année suivante, pour le relever à 25 en 1413, ce qui cote encore 268 onces 12 tari l'an, que l'administration sicilienne répartit sur les Secrezie de Pantelleria (150 onces), Marsala (80) et Trapani (38.12). Ce n'est que le premier signe d'une expérience nouvelle : Pantelleria avait déjà été abandonnée a un pouvoir autonome, mi-châtelain, mi-brigand, celui de Giovanni Bernabo Squarciafico, de 1395 à 1407; le gouvernement d'Alphonse le Magnanime établit un régime hybride, à demi féodal, en confiant à la fois la garde et la Secrezia de l'île à son fauconnier Francesc Bellvis qui en fait "un niu de lladres e malfactors". Ce modèle sous-tend l'inféodation de Malte et de Gozo à Gonzalvo Monroy, puis l'établissement plus discret de Gutierre de Nava et de ses neveux Pedro del Bosch et Gonsalvo de Nava, tour capitaines de galères, comme il constitue le noyau du projet, également repoussé par l"'Université" maltaise, d'établissement des chevaliers de Montesa. Dans l'ensemble, l'autonomie assurée par la quasi-inféodation permet surtout au pouvoir royal de se décharger des fonctions de défense, de leur coût, qui sera paye par une activité de course plus intense . La privatisation des châteaux et des galères permettrait une tolérance discrète sur le champ et l'intensité de la piraterie.

La mer africaine est en effet un lieu privilégié pour les embuscades et les prises : la Sicile du blé, et surtout les caricatori du Val de Mazara, de Castellammare del o à Licata, le e de Tunis et celui des Syrtes servent de miroir aux alouettes qui attirent les futures prises que les corsaires peuvent saisir à la sortie de ou à l'ancre, avec des chargements d'huile et de grain. La grande navigation génoise et catalane vers l'Orient passe au large de Malte, où peut être tendue l'embuscade: en 1333, une coque narbonnaise chargée [p.66] d'aluns, de cire et de cuirs des Loredan est ainsi prise à Malte par un corsaire catalan de Cagliari;[44] en 1453, le vice-roi de Sicile, averti par une lettre de Rhodes, mobilise les navires royaux et lance deux brigantins pour chercher, "entre Tunis, Tripoli et Malte" six nefs de génois pleines de marchandises évacuées de Constantinople.[45] En 1456, ce sont six galères pontificales - des corsaires, sous prétexte de Croisade - qui saisissent près de Malte la nef génoise de Vinchiguerra Vivaldi, chargée à Tripoli et Tunis.[46] Les vénitiens qui vont vers Tripoli, Minis, Malaga et vers Southampton et Bruges, sont aussi à la portée des corsaires cachés près des îles : les "mude" de galères sont assez fortes, mais une nef isolée, naviguant "sub bona pace et fide regia", risque gros, comme celle qui est prise en 1442 par Juan de la Corogne dans le port de Malte; le corsaire se réfugie dans le frioul de Gozo où le capitaine de l'île le garantit et le ravitaille . Sans complicité, il n'y a en effet pas de course possible : il faut armer, recruter des compagnons, revendre le butin, se protéger des rescousses et des représailles ; même en fractionnant les opérations (un port d'armement, qui n'est pas celui d'origine, un port de recel, encore différent), le pirate ne peut travailler sans l'accord au moins tacite des autorités politiques.

La conjoncture de la guerre navale et de la course dans les mers siciliennes a vu des moments forts : les raids profonds et dévastateurs de Roger de Lauria ont correspondu à la conquête de Minorque (1287) et à la mise en vente de dizaine de milliers d'esclaves minorquins, djerbiens et kerkenniens, puis grecs de Roumanie ; ils nous donnent l'image d'une guerre privée auxiliaire de la conquête militaire et de l'établissement de principautés autonomes vivant de la rapine, comme celles, contemporaines, de Djerba et des Almogavares en Grèce, et ils nous éclairent sur le sens que pouvaient avoir les comtés génois de Syracuse et de Malte sous Alamanno da Costa et Henri Pescatore. Jusque vers 1350, la présence de la course est discrète dans les eaux siciliennes, ce sont surtout des catalans, francs-tireurs des conflits entre Aragon et Gênes et razzieurs d'esclaves. Puis c'est l'explosion : la nouvelle faiblesse du pouvoir central sicilien suscite la multiplication des seigneuries corsaires clans la grande île et clans ses dépendances; Graffeo à Mazara, Squarciafico à Pantelleria sont les plus importants de ces barons pirates qui exaspèrent la République génoise : la Dominante brûle Mazara et aide Frédéric IV à rétablir l'ordre [p.67] dans l'archipel maltais tenu par Giacomo Pellegrino, simple capitaine et châtelain royal, mais qui a atteint une véritable independance.[47] De Sicile, les patrons corsaires, surtout catalans, puis biscayens frappent aisément dans l'Archipel et sur les côtes maghrébines, mais des réveils et des rescousses s'ensuivent : les Vénitiens nettoient régulièrement leurs voies de passage vers Candie, Negrepont et Chypre, tandis que les Hafsides affaiblis laissent se développer, ou peut-être suscitent un armement privé qui contre-attaque et rétablit en Méditerranée occidentale un équilibre rompu des le XIIe siècle.

Malte est à la fois actrice et victime de cette recrudescence. Il est probable que le port a toujours hébergé des éléments corsaires : en 1271, Charles Ier interdit au châtelain de Malte de recevoir des pirates qui s'attaquent au territoire hafside.[48] Si les informations précises manquent complètement pour le XIVe siècle,[49] elles sont si abondantes pour le XVe (Tableau no III) qu'elles imposent l'hypothèse d'une seigneurie corsaire pour expliquer l'ascension et la chute de Giacomo Pellegrino. Les violentes offensives hafsides destinées à conquérir la cité de Malte et les îles témoignent de la crainte et de la colère des Tunisiens et des Tripolitains devant les entreprises des corsaires siciliens basés dans l'archipel et à Pantelleria:[50] en 1406, six galées grosses, un brigantin et une galiote bloquent Pantelleria;50 une expédition est attestée en 1423, la prima armata di li mori chi fu per dui volti.. et cui fu mortu et cui chi fu arsa l'ayra";[51] en 1425, une puissante "armata" est préparée par les Hafsides en collaboration avec le sultanat mamluk : 38 galères, plus 30 galères égyptiennes, plus de 100 fustes de plus de 20 bancs ; elle menace Pantelleria, qui est ravitaillée.[52] La grande affaire est évidemment le raid dévastateur de 1429, prolongé par des attaques quotidiennes. De nouveau, l'espionnage sicilien [p.68] informe le viceroi des intentions des Tunisiens d'attaquer les îles : Malte en 1148 et 1452, Pantelleria en 1453, puis Malte en 1457 et en 1462.[53] Les destructions, les captures, comme celle du vicesecret Francesco Bayata, racheté, puis tué,[54] les longues captivités, faute de moyens pour payer les rançons, deviennent tardivement le lot aussi des Siciliens et des Maltais : rien, cependant, de semblable aux formidables dépeuplements organisés par l'infant Pierre et par Alphonse le Magnanime et qui conduisent en Sicile des groupes massifs d'esclaves djerbiens et kerkenniens, renouant avec les pratiques féroces de Roger de Lauria.[55] Dès 1403, une aumône fonctionne à Gozo - et sans doute aussi à Malte, sur un modèle déjà ancien en Sicile - pour organiser les rachats.[56] Le clergé a sans doute été appelé à fournir l'appui de ses relations à la libération des captifs.[57] On note que les juifs sont particulièrement touchés par les prises et les captures, sans doute en raison de leur fonction commerciale : le navire de Bonfiglio Favato avait été capturé par un corsaire de Zara; en 1443, les marchandises de Brachon Meyer et de Jacob Abelladeb de Syarcuse, prises par le basque Pere de Vinyeta et vendues à Trapani provenaient de Malte et appartenaient à Mardoch de Tripoli.[58] Mais on soupçonne aussi du double jeu : en 1449, Josep de Ragusa, Lucio Marabi et deux autres juifs maltais montés à Malte sur la nef de Luchisio Spinola pour commercer sont portés en Berbérie, retenus comme ôtages, rachetés par la Giudecca et vendus finalement sur une galéasse.[59]

L'analyse du Tableau N° III, qui ne rapporte, au fond, que Ies incidents survenus en temps de trêve et laisse dans l'ombre les prises du temps de guerre, ou celles réalisées sur des ennemis trop faibles pour riposter ou protester, [p.69] révèle la nature classique de la course maltaise. Comme toujours, les patrons étrangers viennent armer loin de où ils sont connus et sur lesquels ils pourraient entraîner des représailles : Agustinus Sabort est probablement catalan, et Bartolomeo de Ancona de Syracuse, appartient à une famille de navigateurs installée à Pantelleria.[60] L'association apparaît étroite avec Pantelleria et avec Syracuse : Maciotta Spatafora, Matteo et Marco Gallo, Agostino Sabort sont établis à Syracuse, mais travaillent pour le compte de l'autorité royale à Malte, le capitaine Antoni Desguanesch, son frère ou pour les juifs, les frères Robinus et Sabatinus de Malte, dont les femmes verront leurs biens propres saisis pour l'énorme Somme de 186 onces à la suite de la prise qu'Agostino fera sur des Ragusains. Malte finance la course, la centralise, sert quelquefois de port d'armement, fournit des marins, mais peut aussi assumer la fonction de port de recel, où l'on vend les prises.

Les opérations de course et de piraterie peuvent être fructueuses : en 1446, la société des frères Ancona a réussi un coup superbe, "mirabiliter lucratus". D'autres sont des échecs complets, comme celle de 1420, où les maltais Giovanni Triassu (?) et Mauro Mallia, financés par les armateurs du brigantin de feu Giovanni Nassolei de Trapani, principalement Antoni Desguanesch, pour travailler sur la côte maghrébine, reviennent endettés, "minime lucratus".[61] Il est vrai qu'on ne peut jamais être très sur de l'honnêteté de ces pirates, qui frappent amis comme ennemis,[62] ou même de ces marins, qui enlèvent à l'improviste une cargaison ou volent le navire sur lequel ils sont embarqués.[63] Dans l'ensemble, il est clair que la course maltaise est dans les [p.70] mains de la famille Desguanesch, qui utilise les services d'un petit groupe de ces aventuriers castillans et basques dont l'activité fleurit à partir de 1392 dans le siciliens et qui ont remplacé les pirates catalans de la première moitié du XIVe siècle. La liaison est explicite avec le pouvoir et avec la sécurité de l'île : en 1403, c'est un prêt forcé sur les juiveries de l'archipel qui finance la galiote du Castellammare.[64] En 1409, on se plaint du rétablissement par Martin le Jeune du vieux quint payé à l'Amiral de Sicile sur les prises : en multipliant l'armement, cette exemption avait permis de faire reculer "la audacia di li Sarachini".[65] En réalité, je crois qu'on ne payait guère le quint, même en Sicile, et qu'on se préoccupait peu de respecter les fidèles et amis royaux, comme les pactes de fidéjussion imposaient de le jurer, mais à Malte, comme à Pantelleria, la surveillance était facile. Si la course était confiée aux officiers royaux, qui donc surveillait les gardiens ?

On sait que cette activité de guerre et de course quasi-permanente était épuisante pour l'île: les plaintes de l"'Universitas" soulignent le départ de la main-d'oeuvre en mer, la perte des hommes.[66] Ajoutons les dangers de longues captivités, la fixation en pays musulman et la tentation du passage dans les marines locales : en 1425, préparant l"'armata", le sultan hafside offre au captif maltais Bartolomeo Calela (Calleja) de se faire "moru" et lui promet de faire venir sa femme et ses fils;[67] un autre cas illustre l'ambiguïté des conversions forcées : en 1441, Antonio de Belvis expose qu'il est né à Sousse d'une mère maltaise captive, mais qu'il a été engendre à Malte; marin sur une fuste de pirates sarrasins, il s'enfuit pendant une expédition, se réfugie à Pantelleria, où il est baptisé: son nom et son prénom révèlent qu'il a eu pour parrain un membre de la famille du gouverneur.[68] Son histoire rappelle étrangement la légende hagiographique sicilienne de saint Jean Thériste, au XIe siècle, mais on sait que la mer sicilienne est pleine de renégats, comme Algiusi Flaqueri passé en 1434 au service du roi de Tunis, ou le Minieri, ce capitaine de fuste [p.71] barbaresque qui change de camp et traverse la Sicile en vendant comme esclaves ses anciens marins.[69]

Les promesses du sultan Abu Faris à Bartolomeo Calela révèlent la permanence du clandestin et du non-dit entre Malte, Sicile et Maghreb. Le passage, la conversion, le reniement sont en effet liés puissamment à l'infamie, au crime "nefandissimum", qui condamne le coupable à une "damnatio memoriae" perpétuelle. Que le sultan ait les moyens de faire enlever sans risques des maltais et pense pouvoir le promettre indique clairement des complicités, des relations souterraines, confirme le soupçon de contrebande et explique la méfiance qui transparaît dans les actes du pouvoir sicilien, résigné à confier les îles aux spécialistes de l'entre-deux, de l'ambigu, que sont les corsaires féodaux, les vrais professionnels. Sur le plan de la psychologie religieuse, l'exemple d'Antonio de Belvis souligne la tension qui naît de l'affrontement dans une situation de communauté linguistique et de relative proximité culturelle: Malte définit lentement sa personnalité entre Sicile et Maghreb par une catholicisation vigoureuse qui met son arabisme à l'abri du soupçon; le culte de saint Paul y contribue puissamment, au risque de paraître quelque peu idolâtre à l'observateur étranger comme Jean Quintin. Encore très proche des modèles des XIIe et XIIIe siècles siciliens, la religion maltaise, encore peu pénétrée par les thèmes mendiants, pauvreté, Purgatoire, messes des morts, se centre sur la cathédrale, pouvoir visible et autorité garantie, hiérarchique, protection aussi contre les gouverneurs par la sacralisation qu'elle assure à une culture municipale complexe, conflictuelle, oligarchique, mais solidaire. La procession et la "luminaria" constituent les éléments visibles d'un culte civique, auquel la croyance dans les pouvoirs thaumaturgiques de la terre même de Malte, nouvelle Egypte et nouvelle Terre sainte, nouvelle Irlande, puisqu'elle partage avec l'île de Patrick et de Brandan le privilege de guérir les morsures des serpents, donne une dimension aux limites de la Chrétienté.

TABLEAU no I
LES TRAITES A DESTINATION DE MALTE

Date

Traites

Bénéficiaire

Observations

Source

1374,28.4.

500 franches pour 1374-1375

Giov. Dosa, syndic de Malte

sterilitas de 1373-1734

ASP Canc. 5, f.66

1374,16.6.

valeur de 250 florins

Barthucio Piche, syracusain, h. Malte

Ibid. f.80.

1374,17.6.

60 franches

Giov. de Sancta Sophia

Ibid., f.83.

1375,5.12.

130 franches

Birtino Bircellu

sur le panfile de Bernardo Sisporta

ASP Canc.13, f.148

1375,12.12.

20 froment, 50 orge

Arnaus Sacirera, envoyé de Malte

sur sa barque, de Lentini et Brucoli

Ibid., f.150v

1402,10.8.

100 franches

Ingarau Desguanesch

de Syracuse et Brucoli, pour Malte

ACA Canc. 2324, f.7

1403,21.2.

400 franches

Id.

du Val de Noto

Ibid., f. 27v

1403,8.5.

20 froment, 20 orge

Pino Vaccaro

de Malte a Messine

Ibid., f.43v

1403,15.4.

200 franches

Desguanesch

partout, pour Malte

Ibid., f.48v

1403,2.8.

30

Bernardus de Malta

partout

Ibid., f .48v

1403, août

valeur de 30 onces

Juifs de Malte

dues par la Cour

ASP Canc. 40, f.200v

1404,10.4.

400, en deux ans

Desguanesch

de Malte

ACA Canc. 2324, f.86

1404,7.6.

100 franches

Antonio de la Barba

de Gozo

Ibid., f.90v

1404,7.6.

100 franches

Mauro, évêque de Malte

de Malte

Ibid., f.90v

1431,19.1.

franchise

Malte et Gozo

ASP LVR 3, f.106v

1438,4.5.

exemption

Gozo

pauvreté

ASP LVR 8, f.109v

1439,19.11.

exemption des menus droits

Malte

2 tari par salme à Licata

ASP Canc. 75, f.186

1448,28.12

liberté d'exporter

Gozo

en dépit de la fermeture de

ASP LVR 36, f.15

1450,9.6.

exemption à suffisance

ACA Canc. 2864, f.6v

1452,18.12

autorisation d'exporter

Gozo

menace des Mores

ASP Canc. 88, f.71

TABLEAU n° II
LA COURSE MALTAISE

Date

Navire

Patron

Armement

Prise

Observations

Source

1399

galiote

Jannuczu di Prestiangelu

Syracuse

ligne de Philippu Maltisi

portait vin et esclaves à Tunis

Bib. Fard. Lettere Senato 1, f.12

1409

galiote

Maymuni

Matteo Sanchez châtelain de Pant.

2 sarrasins aux Monts de Barca

"fracta fide"; vendus à Trapani

ASP Canc. 47, f.84

1414

galiote

Giuliano Luckisi de Trapani

Matteo Chanchi châtelain de Pant.

brigantin de E Bern. de Maya O.P.

ASP Prot. 25, f. 74

1416

ligne

Johannes Bartholomei castillan

Malte

nef vénitienne Francesco Nigro

ACA 2801, f.21

1436,28.12

brigantin de 9 bancs

Agostinus Sabort

Fidejussion de juifs maltais

Ragusains

ASP Canc. 71, f.418

1438

galère

Pedro del Busch

carbo djerbien

représailles de 1'alcaydi de Djerba

ASP LVR 12, f.64

1438,15.3

galère

Pedro del Busch

carabo more

restitution

ACA 2871, f.71

1442

id.

id.

nef vénitienne

au port de Malte; vente à Gozo

ibid.

1442

galères

Pedro del Busch, Gonsalvo de Nava

nef de Joan des Pla

de la Sicile à Rome

ACA 2840, f.116v

1442

barque

Francesc et Guillem Ponç

Syracuse

nef vénitienne de Leonardo Cavaca

prise à Syracuse; vente à Malte

ACA 2839, f.150

1442

barque et nef

Juan de la Corona et Blasco

nef florentine

au port de Palerme; vente à Gozo

ASP Canc. 78, f.247

1442,22.9

fuste de 19 bancs

Matteo et Marco Gallo

Ingarao Desguanesch

biens de syracusains

entre Salonique et Negrepont

ACA 2860, f.69

Date

Navire

Patron

Armement

Prise

Observations

Source

1443

fuste

Antoni Desguanesch

prise en Orient par les Vénitiens

ASP Prot. 35, f.20v

1443,16.2

galée

Pedro del Busch

navile d'Antoni Olzina

ACA 2844, f. 18

1443,16.7

fuste

Bartolomeo de Ancona

Antoni Desguanesch

carabo sarrasin

séquestre en Sicile

ACA 2844, f.103v

1444,22.9

Fuste

Bartolomeo de Ancona

Antoni Desguanesch

mores

représailles de l'alcayt de Tripoli

ACA 2849, f.114v

1445,10.11

galiote de 21 bancs

Maciotta

Spatafora

Antoni Desguanesch

de Pietro del Busch

ACA 2853, f.27

1445,28.8

galiote

Antoni Desguanesch

2 carabi mores

22 captifs a Malte le 1.7.45

ASP Canc. 83, f. 538

1446,28.7

fuste de 14 bancs

Batolomeo de Ancona

Ingarao Desguanesch

brigantin more

en societ6 avec Antoni de Ancona

ACA 2853, f.121

1447,16.5.

galiote de 24 bancs

En Gregori Janques, camerier royal

reçoit suif et biscuit

ASP LVR 30

1447, 12.1

birème

Matteo de Malte, de Syracuse

Ingarao Desguanesch

nef de Marino de Franco de Raguse

à l'île Calatamocti

ACA 2856, f.152v

1447, 8.10

fuste

Matteo et Marco Gallo

Ingarao Desguanesch

biens d'un syracusain

ACA 2858, f.114v

1448,3.4

galiote

Bartolomeo Abel de Malte

lancement à Malte

ACA 2859, f.97

1449,10.9

galiote

Matzeus de Malte

saette de Gallipoli

au port de Tarente

ACA 2861, f.142

1450

fustes

Arnau Intorrent, Rexac

navile génois

vente à Malte

NLM Univ.1, f.75

TABLEAU n° III
LES TRANSPORTS MALTAIS

Date

Navire

Patron

Marchand

Port

Destin.

Cargaison en salmes

Source

16.3.1328

barque S. Antonius

Orlandus de Judice malt.

Scicli

ASP ND Spezzone 89

12.4.1374

barque

Tuchius de Grandis, malt.

Raimondo Mallia

Trapani

Malte

10 froment

ASP Canc. 5, f. 43v

15.4.1376

panfile

Bern. Sisportes, Majorque h. Malte

Cour

Marine de Noto

Malte

60 froment, 70 orge

ASP Canc. f.177

1.9.1377

destrière

Rinaldo de Caloyaro, Gaete

Lanzarotto Cattaneo

Gozo, Malte

Palerme

orge

ASP ND 129

15.9.1377

navile San Cristoforo

Giovanni Papa, Naples

Nicolo Lombardo,

Palerme Malte

Palerme

110 froment

ASP ND 129, f. 32v

13.5.1378

galeasse S.Ant. et Papa Urbanus

Chiccus Pezagnus génois

Nicoloso Spinola

Gozo, Malte

Girgenti

coton

ASP ND 129

17.31404

Ligne

Philippus Maltensis

Joan Foxa, catalan

Famagouste

Catalogne

livres, vendus Trapani

ASP LVR 3, f. 32v

21.91407

barque

Bartuchu Cardona

patron

Syracuse

Matte

3 froment; 20 pois-ch.

ASP TRP n. p. 95

13.10.1407

barque

Antoni Caxaru

Theki juif

Syracuse

Malte

2 pois-ch.

Ibid.

18.10.1407

barque

Lumi Caxaru

patron

Syracuse

Malte

16 froment

Ibid.

20.1.1408

barque

Zullu di Guillelminu

Mastru Deodon

Syracuse

Malte

1 pois-ch.

Ibid.

14.3.1408

galiote

Antoni Caxaru

patron

Syracuse

Malte

4 pois-ch.

Ibid.

29.4.1408

ligne

Cola Bonfiglu

Nicola Puglisi

Syracuse

0.10 froment; 0.2 pois-ch.

Ibid.

31.7.1408

nef

Cola Bonfiglu

Enrico Hodierna

Syracuse

30 orge

Ibid.

1.9.1411

"navios"

maltais

Girgenti

82.4 froment

ASP CR 842

19.2.1414

nef S.Maria Annunciata

Antonio de Asne, Trapani

Antonio Barriolo, malt.

Girgenti

Malte

230 froment

ASP CR 842

14.4.1414

barque

Bartucho Cardona

Brakim Nixes juif

Syracuse

Malte

2.8 pois-ch.

Ibid.

20.8.1414

nef

Lorenzo Maltisi

Augusta

119 froment

Ibid.

Date

Navire

Patron

Marchand

Port

Destination

Cargaison en salmes

Source

19.6.1416

barque

Pinu Bertolu malt.

Malte

vin, saisi

ASP Canc. 51, f. 289

7.9.1416

barque

Micheli de Griffo

Catane

Malte

50 froment

ASP TRP n.p. 1031

24.12.1416

nef

Cola Bonfiglu

Syracuse

Malte

37 froment;13 pois-ch.

Ibid.

28.12.1416

barque

Cola Candidu

Pinu Recupero Syracuse

Syracuse

Malte

1.8 froment

Ibid.

10.3.1417

Ligne

Beti Tirru juif Syracuse

Jaymu Maltisi

Syracuse

Malte

1.8 froment

Ibid.

18.3.1417

ligne

Johanni Pilligrinu

Pericuni Rosa

Syracuse

Malte

170 froment

Ibid.

30.3.1417

nef

Cola Bonfiglu

Syracuse

Malte

3 pois-ch.

Ibid.

31.3.1417

brigantin

Antoni Caxaru malt.

patron

Syracuse

Malte

1 froment

Ibid.

5.11.1417

"navigium"

Pino Bindi

Syracuse

Malte

12.8 orge

Ibid.

16.3.1421

nef

Guglielmo Maltisi

Franzoi Mercheri catalan

Palerme

Alexandrie

15 tonneaux mêlasse, amandes

ASP Secrezia Lettere 39, f.11v

8.10.1431

nef de Don Guttiere de Nava

Syracuse

6.13 sésame

ASP TRP 94

23.10.1431

"navigium"

Matteo Vella malt.

Syracuse

Malte

0.3 pois-ch.

Ibid.

23.10.1431

baleinier

Monaco Colomba

Syracuse

1.8 pois-ch.

Ibid.

29.10.1431

"navigium"

Matteo Vella

Syracuse

Malte

0.10 pois-ch. Sésame

Ibid.

21.11.1431

Barque

Raimondo Maltese

Licata

Malte

41.10 froment; 1 fèves

Ibid.

28.12.1431

Brigantin

Antonio Bunichi malt.

Licata

Malte

12 froment;0.6 fèves

Ibid.

28.12.1431

Barque

Manfredi Ritzo

Giovanni de Caro

Licata

Malte

144.14 froment;2.14 fèves

Ibid.

28.12.1431

Barque

Raimondo Maltese

Licata

Malte

37.10 froment;0.6 fèves

Ibid.

24.1.1432

"navigium"

Franc. Jamig malt.

Licata

Malte

12 froment; 92 orge;2 fèves

Ibid.

25.1.1432

"navigium"

Antonio Bonichi

Syracuse

Malte

13 orge;3 ; 3 fèves

Ibid.

29.1.1432

"navigium"

Pino Bindi

Syracuse

Malte

3 froment; 12 orge,fèves

Ibid.

29.1.1432

"navigium"

Baldo Habes

Syracuse

Malte

80 froment; 30 orge

Ibid.

12.2.1432

"navigium"

Pino Bindi

Syracuse

Malte

80 froment

Ibid.

14.2.1432

brigantin

Antoni Bunig

Syracuse

Malte

9 froment; 11 orge,fèves

Ibid.

1.3.1432

brigantin

Manfredi Richo

Syracuse

Malte

1.12 froment;5 orge

Ibid.

1.3.1432

"navigium"

Baldo Habes

Syracuse

Matte

100 froment

Ibid.

28.3.1432

"navigium"

Baldo Habes

Syracuse

Malte

10 froment

Ibid.

31.3.1432

brigantin

Antoni Bunig

Syracuse

Malte

1 froment;2 fèves

Ibid.

3.4.1432

brigantin

Martino Maltese

Syracuse

Malte

1.8 froment

Ibid.

Date

Navire

Patron

Marchand

Port

Destination

Cargaison en salmes

Source

10.4.1432

brigantin

Manfredi Riczo

Syracuse

Malte

0.12 froment;1.12 fèves

Ibid.

4.3.1436

barque

Betto Puglisi, Licata

Patron

Licata

Malte

30 froment

NLM Univ. 4, f.55

1.9.1442

barque

Cataldu Vella

Terranova

Malte

11 froment

ASP TRP n.p. 732

7.9.1442

barque

Antonio Zinzula

Terranova

Malte

16.3 froment

Ibid.

7.9.1442

brigantin

Masi de Syracusa

Terranova

Gozo

18 froment

Ibid.

7.9.1442

brigantin

Enrico Veneziano

Terranova

Gozo

18 froment

Ibid.

8.10.1442

brigantin

Mianu Chappara

Terranova

Gozo

15 froment

Ibid.

8.10.1442

barque

Me Antonio de Francesco

Terranova

Gozo

27.12 froment

Ibid.

16.10.1442

saette

Benedetto Baldakinu

Terranova

Gozo

21.7 froment

Ibid.

25.10.1442

brigantin

Antonio Vinchi

Terranova

Malte

16 froment

Ibid.

24.11.1442

baleinier

Johannes Fabrikes

Syracuse

Malte

3 froment

Ibid.

18.12.1442

baleinier

Bartolomeo Fabel

trois juifs

Syracuse

Malte

1.2 pois-ch.

Ibid.

22.1.1443

barque

Me Enrico Caxina

Terranova

Malte

38 froment

Ibid.

24.1.1443

brigantin

Lucha Maltisi

patron

Syracuse

Malte

1.6 pois-ch.

Ibid.

21.2.1443

barque

Nardu de Assay, Trapani

Terranova

Gozo

25.8 froment

Ibid.

7.4.1443

barque

Nardu de Assay

Terranova

Gozo

26 froment

Ibid.

7.4.1443

barque

Enrico Caxina

Terranova

Gozo

40 froment

Ibid.

4.5.1443

brigantin

Enrico Veneziano

Terranova

Gozo

19.5 froment; 3 vin

Ibid.

7.5.1443

brigantin

Dyeco

Syracuse

Malte

0.2 froment

Ibid.

4.6.1443

brigantin

Cataldo Vella

Terranova

Gozo

19 vin

Ibid.

15.6.1443

brigantin

Cataldo Vella

Terranova

Gozo

14 vin

Ibid.

21.7.1443

brigantin

Mianu Chappara

Terranova

Malte

7 froment

Ibid.

20.4.1443

barque

Laurenzu Lamagnu malt.

Licata

Syracuse

191.7 cantars soufre'

Ibid.

31.8.1443

barque

Me Jacobu Pernisi

Terranova

Gozo

32 froment

Ibid.

29.4.1444

nef

Giovanni Machaluffi

Montechiaro

341 froment

ASP TRP 886

14.9.1444

barque S. Antonius

Pinu Maltisi, Trapani

Me Nic. De Fudaro, Trapani

Terranova

Malte

AST Not. Formica 97

1.4.1449

saette Annunziata

Baldo Zebi maltais

Gable Thomas

Castell ammare

Messine

froment

ASP ND 847

15.10.1451

brigantin

Paolo de Laudato

Giglu Maltisi

Syracuse

Malte

0.4 sésame

ASP TRP n. p. 91

17.11.1451

brigantin

Henricu Cabeli

Syracuse

0.4 sésame

Ibid.

Date

Navire

Patron

Marchand

Port

Destination

Cargaison en salmes

Source

31.1.1452

brigantin

Henricu Cabeli

Inbabugla juif

Syracuse

0.6 sésame

Ibid.

4.2.1452

brigantin

Girgenti

Malte

3 pois-ch.

Ibid.

13.2.1452

brigantin

Giglu Maltisi

Rabba Gilines (juif)

Syracuse

0.6 sésame

Ibid.

23.5.1452

caravelle

Giovanni Maltese

Joan Pasqual

Vindicari

3.2 froment

Ibid.

4.10.1455

saette

Antoni Reclusa

Licata

Gozo

8 froment

ASP TRP n.p. 90

2.11.1455

barque

Nicola Muntaff

Licata

Gozo

17 froment

Ibid.

20.11.1455

brigantin

Gaddu Birtella

Licata

Gozo

16.5 froment

Ibid.

20.11.1455

saette

Antoni Reclusa

Licata

Gozo

20 froment

Ibid.

7.3.1456

brigantin

Petru Calamera

Licata

Gozo

17 froment

Ibid.

10.3.1456

brigantin

Micael Grecu

Licata

Gozo

11.8 froment

Ibid.

11.5.1456

brigantin

Jakinu Caruana

Licata

Malte

40 froment

Ibid.

13.3.1456

saette

Simon Xeube

Licata

Gozo

24 froment

Ibid.

13.3.1456

barque

Gulinu Resulu

Licata

Gozo

24 froment

Ibid.

13.3.1456

barque

Antoni Reclusa

Licata

Gozo

26 froment

Ibid.

23.3.1456

barque

Petru Calamera

Licata

Gozo

35 froment

Ibid.

5.4.1456

brigantin

Giglu Zamitu

Licata

Gozo

17 froment

Ibid.

18.4.1456

brigantin

Jakinu Caruana

Licata

Malte

21.8 froment

Ibid.

23.4.1456

barque

Gulinu Resulu

Licata

Gozo

30 froment

Ibid.

23.4.1456

brigantin

Giglu Zamutu

Licata

Malte

29 froment

Ibid.

23.4.1456

barque

Enrico di li Buffi

Licata

Gozo

32 froment

Ibid.

23.4.1456

"naviglu"

Michael Caruana

Licata

Malte

38.8 froment

Ibid.

23.4.1456

brigantin

Petru Calamera

Licata

Gozo

44 froment

Ibid.

24.4.1456

nef de Matteo Salmoli

Lorenzo maltese

Licata

Gozo

5 froment

Ibid.

26.4.1456

saette

Simon Seube

Vindicari

225.8 froment

Ibid.

7.5.1456

Barque

Giovanni "mautisi"

Licata

Gozo

31.8 froment

Ibid.

16.7.1456

brigantin

Lemmu Tabuni

Catane

Syracuse

18 froment

Ibid.

17.7.1456

brigantin

Henricu Bonavia

Licata

Malte

22.8 froment

Ibid.

19.7.1456

brigantin

Petru Armaninu

Licata

Malte

32.4 froment

Ibid.

20.7.1456

brigantin

Henricu Chabe

Licata

Matte

10 froment

Ibid.

21.7.1456

brigantin

Antoni Chabe

Licata

Malte

42.8 froment

Ibid.

Date

Navire

Patron

Marchand

Port

Destination

Cargaison en salmes

Source

20.7.1456

Brigantin

Henricu Chabe

Licata

Malte

42.8 froment

Ibid.

21.7.1456

Brigantin

Antoni Chabe

Licata

Malte

33.7 froment

Ibid.

31.7.1456

Brigantin

Henricu Bonaria

Licata

Malte

32.4 froment

Ibid.

7.8.1456

Brigantin

Antoni Chabe

Licata

Malte

33.8 froment

Ibid.

6.9.1460

Barque

Matteo Xabeli malt.

Patron

Terranova

Malte

22.9 froment

ASP TRP n.p. 717

15.9.1460

Saette

Lemmu Tabuni

Terranova

Syracuse

42 froment

Ibid.

24.9.1460

deux navires maltais

Licata

0.8 froment

Ibid.

25.9.1460

Brigantin

Petru Armanino

Licata

Syracuse

40.4 froment

Ibid.

8.11.1460

barque

Fridericu Maltese

Licata

Scicli

25.12 froment

Ibid.

3.12.1460

barque

Giorgio Xikiluna

Licata

Syracuse

52 froment

Ibid.

19.1.1461

saette

Gulinu Magru maltais

Terranova

Syracuse

45 froment

Ibid.

26.2.1461

barque

Giovanni maltese

Licata

Syracuse

30 froment

Ibid.



[1] Sur la Sicile et ses dépendances et leur évolution au Moyen Age, H. Bresc, Un monde méditerranéen: économie et société en Sicile (1300-1460) 2 vol., (Paris-Rome-Palerme, 1986), (Bibliothèque des Ecoles françaises d'Athènes et de Rome, fasc. 262).

[2] G. Filippi, "Patto di pace tra Ruggero II Normanno e i Savonesi", Archivio Storico per le Provincie Napoletane, 14 (1889), 750-757; mai 1127, accord entre Roger II et les Savonais : "et assecuraverunt jurantes domino duci totum mare quod est a Nubia usque ad Tripolim".

[3] Cf. H.Bresc, "Etat et habitat: l'exemple de la Sicile médiévale au miroir sicilien", L 'Etat et la Méditerranée, no spécial de Peuples méditerranéens, 27-28, (1984), 157-72.

[4] Dimishqi, Nukhbat, trad. M. Amari, Biblioteca arabo-sicula, i (Turin-Rome, 1880), 247.

[5] Qazwini, Athâr, trad. M. Amari, ibid. , 240-41: attaque après 1048-1049, vraisemblable.

[6] H. Bresc, "De l'Etat de minorité à I'Etat de résistance: le cas de la Sicile normande", in Etat et colonisation au Moyen Age, ed. M. Balard (Paris-Lyon, 1989), 331-46.

[7] Ch. Schroth-Kohler, Th. Kolzer, H. Zielinski, "Zwei staufische Diplome für Malta aus den Jahren 1198 und 1212", Deutsches Archiv, xxxiii, 2 (1977), 501-21.

[8] E. Jamison, Admiral Eugenius of Sicily, (Londres, 1957).

[9] H. Bresc, "Pantelleria entre l'Islam et la Chrétienté", Cahiers de Tunisie, xix, 75-76 (1971), 105-27.

[10] A. de Lubeck, Chronica Slavorum, iii, 19, ed. I.M. Lappenberg (Hanovre, 1868), cite in extenso la lettre de Conrad de Querfurt, récit de l'expédition d'Henri VI et rapport sur les merveilles de l'Italie et de la Sicile : les Allemands ont vu (en Sicile ?) des sarrasins qui tuent de leur salive les animaux vénéneux; il l'explique par le naufrage de Paul, l'épisode du feu de sarments et ajoute que les "Sarrasins" (confondus avec les paîens antiques) ont éprouvé de la vénération pour Paul, qui a conféré à son hôte et à ses descendants ce privilège et celui de protéger un lieu par une simple circumambulation. Conrad greffe sur cette histoire étiologique, qui sera reproduite dans la Légende Dorée, le lieu commun de l'épreuve de légitimité des enfants, mis dans une nacelle avec un serpent, inspiré de Pline et de Solin, qui le plaçaient en Afrique.

[11] Cf. la liste des victimes des excès de Roberto Cafuro dressée en 1279, in R Moscati, "Fonti per la storia di Malta nel R. Archivio di Napoli. Documenti", ASM vii (1935-6), 506.

[12] Les noms des plus anciens chanoines connus paraissent indiquer une origine maltaise : Johannes Zafarana en 1248 a Palerme (in P. Collura, Le più antiche carte dell'Archivio capitolare di Agrigento (Palermo, 1960), 129), Tomeo Axac au XIVe siècle.

[13] Saddon Ketib de Gozo est accuse par Giovanni de Episcopo de Gozo d'avoir ruiné son père Paolo en le contraignant à une vente à réméré sur une dette de 129.7 onces maltaises; le vice-roi casse l'acte et donne un délai pour le rachat; ACA Canc. 2887, f. 164v.

[14] Le "maître procureur" des îles, Roberto Cafuro, est chargé d'acheter en Afrique la ménagerie des Angevins ; Moscati, "Fonti", 498-505.

[15] Sur le rapport de Gilberto (identifié par A. Luttrell comme Gilberto Abbate de Trapani), analysés de A. Luttrell in "Approaches to Medieval Malta", MM, 1-70; en 1271 encore une véritable "platea" des "servi" et des "ancillae" de la Cour est dresses pour Bertrand de Real; Filangieri, vii, 219. Ils résident dans les "massarie"; ibid. vi, 213.

[16] Saisie des biens de Roberto Cafaro "turn ratione servitutis et tum ratione officii"; Filangieri, xii, 264.

[17] Cf. H. Bresc, "The 'Secrezia' and the royal Patrimony in Malta", in MM, 126-62.

[18] G. Wettinger, "Agriculture in Malta in the Late Middle Ages", Proceedings of History Week 1981 (Malta, 1982), 13 et seq.

[19] Une nef sévillane va au fond à Pantelleria en 1445, on saisit les mores et juifs réchapés (ACA Canc. 2848, f.144); une nef de Biscayens la suit, chargée de marchands grenadins; un conflit éclate entre le vice-châtelain et le trésorier du roi sur leur possession (ASP Canc. 83, f. 515).

[20] Il Compasso da navigare, ed. B. Motzo (Cagliari, 1947), 111.

[21] In K. Kretschmer, Die italienischen Portolane des Mittelalters ( Berlin, 1909).

[22] Un compte conserve à l'ASP Canc. 16, f. 131, donne, pour une expédition de 50 salmes de froment destinées au Castellamare, en 1376-1377: 16 onces 20 pour le froment acheté à Syracuse, 25 tari pour les muletiers des magasins au port, 4 onces 5 pour le "barcarolo", 2 tari pour l'entonnoir, 7 1/2 pour les cannisses, 4 onces 26 pour les 16 gardes pendant 29 jours, 2 onces 24. 5 pour trois patrons de barque, dont un maltais, Sebdun Cathalanus, et 25 marins pendant 11, 12 et 14jours; le prix de la salme de blé, rendue à Malte, est passée de 10 tari a 17 tari 3 grains, soit une augmentation de 7,19%, sans compter la traite.

[23] Privilèges du 23.5.1425 (200 traites a Francesco de Bellvis; ASP Canc. 62, f. 111) et du 24.4.1430 (500 traites pour I"'Université et habitants d'icelle") confirmé le 24.?5.1453; ASP Canc. 88, f. 275. On note qu'en 1402 Giovanni Squarciafico avait obtenu la traite de 200 salmes d'orge de Pantelleria; ASP Canc. 39, f. 114v.

[24] Déjà, en 1377, Giovanni Papa, de Naples, avait apporte 117 salmes d'orge de Malte à Palerme sur son navile "San Cristoforo"; ASP ND B. Bononia 129; 15.9.1377.

[25] NLM Univ. 11, ff.157, 167.

[26] E.R. Leopardi, "'Bandi' of the XVth century", MH ii, 4 (1959), 255.

[27] En 1375, le clergé refuse de payer la décime apostolique, "propter maximam famem, caristiam et mortalitates,... quarum occasione major pars incolarum insule recesserunt"; Archivio Segreto Vaticano, Collettorie 222, f. 128v. De nouveau en mars 1473, en raison de la sécheresse :"non pluit et tucti li seminati su sichi,...populus intendit aufugere et se absentare ab hac insula propter penuriam.."; Leopardi, 255.

[28] ASP ND Spezzone 264 N; 21.8.1372.

[29] Les sept huitièmes de la barque appartiennent a deux juifs palermitains, Sufen et Nissim Gillebi; ASP ND N. Maniscalco 339; 11.6.1417.

[30] ASP ND A. Candela Spezzone 264; 21.1.1431, du caricatore de Malpertuso à Palerme.

[31] AST Not. Formica 97, f. 109; 14.9.1444.

[32] ASP ND G. Mazzapiede 839; 13.11.1421

[33] ASP ND S. Pellegrino Spezzone 262 N; 11.6.1332.

[34] ASP Lettere viceregie 31bis, f. 7v; le naviglio et sa cargaison ont été saisis par le qâ'yd de Tripoli, Futuynu, pour une valeur de 1200 doubles (ACA Canc. 2849, f. 114v).

[35] Filangieri, XIII, p. 109-110.

[36] C. Trasselli, Sicilia, Levante e Tunisi (Trapani, 1951), 55.

[37] A. Ducellier, "Perturbations et tentatives de reconversions en Adriatique a l'époque de la guerre de Chioggia: le cas de Raguse", Byzantinische Forschungen, xii (1987), 607-32.

[38] ASP ND G. Mazzapiede 840; 23.2.1437.

[39] ASP ND G. Comito 845; 9.5.1439.

[40] Une barque armée de Syracuse capture une nef vénitienne chargée de bois et de fer - destinée donc à la contrebande - et qui allait à Syracuse; elle en vend la cargaison à Malte: est-ce le signe d'une relais éventuel vers Tripoli ? ACA Canc. 2839, f. 150: 16.3.1442.

[41] Une "sagictia" de 60 rames en 1273; Filangieri, x, 13.

[42] ASP Lettere regie 2, f. 21; on note que Malte manque de charpentiers, puisqu'on en envoie alors de Sicile "per conzari la dicta galea".

[43] II en profite pour y emporter des marchandises (340 livres de soie, une caisse d'oripeau du marchand florentin Simone di Matteo); ASP ND A. Aprea 800; 10.9.1443.

[44] ACA Canc. Perg. Alfonso II 446; 5.1.1334.

[45] ASP LVR 52, f.25 vI.

[46] J. Heers, "Le royaume de Grenade et la politique marchande de Gênes en Occident", Le Moyen Age, 63 (1957), 87-121, 100.

[47] H. Bresc, "Documents on Frederic `IV' of Sicily's intervention in Malta, 1371", Papers of the British School at Rome, xli (1973), 180-200.

[48] Filangieri, vii, 221.

[49] Cf H. Bresc,"La course méditerranéenne au miroir sicilien (XIIe-XVe siècles)", L'exploitation de lamer de l'Antiquité à nos fours. La mer moyen d'échange et de communication, VIèmes rencontres internationales d'archéologie et d'histoire, Antibes, octobre 1985 (Juan-les-Pins, 1986), 91-110. Mais on peut se demander si Nicola de Pontremoli de Girgenti qui arme le ligne "Lu Monakectu" n'est pas un membre de la famille maltaise du même nom; ce serait un cas classique de découplage entre port d'armement et lieu d'origine ; ASP ND Spezzone 289N; 3.4.1344.

[50] Biblioteca Fardelliana, Trapani, Lettere del Senato 1, f.65v; information, le 3 mars 1406, du siège qui ètait mis le 28 février.

[51] ASP Canc. 71, f. 29.

[52] Trasselli, 58.

[53] On note en particulier I'ordre adressé le 21 avril 1448 à Giovanni Landolina et Manfredi Alagona d'avoir, comme feudataires, à rejoindre Malte : quatorze fustes armées et deux nefs chargées de gents et d'artillerie ont quitte Tripoli et on attend une "armata" de 40 navires; ASP Protonotaro 50, f. 187v.

[54] ASP Protonotaro 22, f. 297.

[55] En 1288, Roger de Lauria avait pris 1254 sarrasins, plus environ 150 autres, sur les Kerkenna pour une valeur totale de 4908 onces; G. La Mantia, Codice diplomatico dei re aragonesi di Sicilia, i (Palerme, 1917), 586.

[56] ASP Canc. 40, f. 121 et 122; 20.5.1403, nomination de Lanzi Davio de Gozo comme collecteur du 10% sur les "male ablata" des testaments, et , le 24 mai, don royal de 15 onces siciliennes a Dominica, veuve de Giuliano de Trahina de Gozo pour racheter ses fils et ses neveux.

[57] Le 9.7.1427, Giacomo Manduca de Malte est racheté à Tunis, pour 60 onces par le marchand catalan Bartomeu Soler; c'est Gregorio Bonello, archidiacre de Malte, qui fournit la somme; ASP ND G. Maniscalco 342.

[58] ACA Canc. 2842, f. 135; 8.1.1444.

[59] ASP LVR 36, f.31; 23.4.1449.

[60] Simon de Ancona est patron de barque en 1444; Antoni de Ancona homme de confiance de Francesc Belvis, gouverneur, capturé à Marseille sur une galère florentine, est le frère de Bartolomeo, qui refuse de partager avec lui le profit d'une capture de 1446.

[61] AST Not. Scannatello 178; 3.5.1420.

[62] La galiote de Syracuse, patron Dannuczu di Prestiangelu, prend le ligne de Philippu Maltisi, chargé de vin et d'esclaves sarrasins sur la route de Tunis près de Zembra et les porte à Pantelleria, port de recel dans une affaire triangulaire entre "affreux" (Bib. Fardelliana, Lettere del Senato, 1, f. 12; 1399). En 1449, la galère de Juan de Nava prend les tonneaux de vin portes de Taormine à Malte par la barque de Giordano di lo Conto (ACA Canc. 2861, f. 101) et en 1455 la nef d'Andreu Sugner prend un brigantin de Gozo dont il vend le colon à Mazara (ASP Protonotaro 46, f. 309). En 1460, les "cursali amichi" - en particulier la galère de Besalu - capturent les brigantine maltais et en mettent les marins à la rame.

[63] En 1446, Baldo de Celeu (Cilia?), patron maltais de barque, vend à Malte le froment qu'il devait porter de Licata à Taormine (ACA Canc. 23851, f. 136): en 1437, le même Baldo de Choreo avait vendu à son propre compte onze tonneaux devin portés à Malte pour Antonio Archidiacono (ASP Canc. 71, f. 215); en 1449, Gilius et Giovanni, maltais et nautes sur la nef vénitienne de Daniel Diviano, volent le navire "latronum more", pendant une escale entre Negrepont et Salonique et portent à Malte le chargement d'huile, d'une valeur de 100 ducats; ACA 2876, f.175.

[64] ASP Canc. 40, f. 200v.

[65] Cf. R. Valentini, "Gli ultimi re aragonesi ed i primi castigliani in Malta", ASMvii (1936), 405 et seq.

[66] En 1449 ("li homini oy maiuri parti di quilli ki vannu cum ipsi tali fusti may hanu tornatu"), en 1455, en 1458 (risque de "carnaju undi ben liveni" dans l'archipel, s'il reçoit et arme les corsaires sans surveillance du capitaine), en 1475.

[67] Trasselli, 58: "Item lu dictu re di Tunisi disci ad un Bartholomeu Calela ki esti mautisi captivu ki ipsu si fachissi moru et ki non curassi di soy mugleri et figlioli ki ipsu li promictia farichili viniri ad ipsu".

[68] AST Not. Milo 63, f. 116; 11.4.1441.

[69] Algiusi Flaqueri "rinigatu oy captivu" se flatte d'informer le roi de Tunis sur la Sicile (ACA Canc. 2889, f. 181); Mayameth Lu Mineri, "maurus et cathecumenus", patron d'une barque armée de 11 bancs, a livré ses compagnons aux officiers de Pantelleria; le vice-roi lui en donne quatre en récompense; à la foire de Corleonc où il vend l'un, il est accompagné d'Antonio de Ancona comme truchement; ASP ND 5 I. Pittacolis 54; 24.4.1444.